Un point de vue prospectif sur les PGM

Tubes

Bonjour bonjour!

Aujourd’hui, j’aimerais profiter de l’espace de libre expression qu’est ce blog pour aborder au travers d’un article d’opinion la question si délicate des plantes génétiquement modifiées (PGM). Dans le contexte d’une actualité bouillonnante sur bien des aspects de cette problématique, mon propos n’est pas prévu pour durer. Mais il me permettra de vous faire part de mon point de vue et de jalonner ma réflexion. C’est un article technique, mais il va de soi que je suis ouvert à tout échange, tant sur la forme que sur le fond de ce qui va suivre.

Pour commencer: est-il bien nécessaire de présenter à nouveau le concept de PGM ?

De ce que je peux entendre quand il m’arrive d’aborder le sujet avec des non-initiés, les PGM sont souvent présentées comme des franken-plantes, chimères issue des laboratoires de l’infâme Professeur Monsanto, et qui, en se propageant au gré des vents sur les champs des pauvres paysans en biodynamie, supplantent leurs cultures, tuent les insectes pollinisateurs tout comme les auxiliaires et polluent les sols, lesdits sympathiques et moustachus paysans n’ayant alors pour unique solution à leur impuissance que la pendaison… Derrière ce ton à peine exagéré, j’aimerais faire le constat suivant: lorsque l’on entend parler PGM, l’aspect technique de l’objet est complètement abandonné au profit d’une scandalisation aberrante des aspects environnementaux, sociétaux et économiques. Et c’est dans ce contexte que le « Point Monsanto », tel que proposé par @marc_rr en référence au point Godwin, est atteint plus vite que l’éclair. Donc oui, un travail d’éducation ayant été complètement bâclé sur le sujet, il est pour moi nécessaire de repartir de la base, et de présenter à nouveau le concept de PGM.

Tiens d’ailleurs, pourquoi entend-on parler d’OGM plutôt que de PGM ?

Il existe dans l’opinion publique un biais de langage, faisant probablement suite aux premières polémiques portant sur les textes de loi relatifs aux biotechnologies. Alors que les OGM désignent les organismes génétiquement modifiés au sens large du terme, potentiellement issus de toutes les branches du vivant, pour la plupart utilisés depuis bien des années dans la recherche comme de fantastiques outils de compréhension du vivant (ici, une liste exhaustive des organismes modèles en biologie, parmi lesquels peu n’ont pas de variant GM), et dans l’industrie comme d’efficaces usines à molécules, les PGM ne concernent que le règne végétal. Plus restrictifs dans le domaine d’application, a visée de recherche scientifique et de production agricole, ils soulèvent ainsi des problématiques spécifiques. Par pitié, soyez donc précis et utilisez les termes appropriés, ne parlez plus d’OGM quand il s’agit en réalité de PGM (et allez par la même expliquer à un militant diabétique de type 1 au badge « OGM j’en veux pas » que l’insuline qu’il s’injecte est un pur produit issu du génie génétique, ou encore mieux, allez relire la couverture du Nouvel Obs spécial Séralini). En bref, OGM vs PGM : les espèces ne sont pas les mêmes, et les problématiques non plus.

Ok donc, qu’est ce qu’une PGM ?

Une PGM est une plante génétiquement modifiée, ce qui signifie qu’à l’intérieur de son génome (l’ensemble du matériel génétique de l’individu, porté par l’ADN), des gènes provenant d’autres espèces (on parle de transgénèse), ou d’espèces proches voire de la même espèce (on parle de cisgénèse) peuvent être insérés par différentes techniques de génie génétique.

Des premières PGM pas très clean…

Alors que les premières générations de PGM commerciales intègrent des gènes de résistance à certains produits phytosanitaires (les variétés RoundUp Ready résistantes au glyphosate en sont l’exemple le plus marquant) ou de protection contre les ravageurs (les variétés Bt codant pour la synthèse d’un insecticide naturel), la plus grande partie de la polémique liée aux PGM tourne autour de l’innocuité pour la consommation humaine. La partie la plus intéressante du débat s’y cristallise sur l’impact éventuel des acides nucléiques (ADNc/ARNm et interactions avec le microbiome digestif), des protéines et des métabolites secondaires d’origine transgénique directe ou indirecte sur la santé humaine. Des questions relatives à l’agroécosystème sont également posées, quant à l’impact de la culture de ces PGM sur les pressions évolutives des ravageurs, la diffusion des transgènes par le pollen, mais aussi de l’incorporation de ces derniers par la microfaune du sol, et la transmission incidente dans l’écosystème d’un matériel génétique nouveau ayant un rôle potentiel dans la balance évolutive.

Transgénèse, principe de précaution et coévolution

L’introduction d’un matériel transgénique dans des cultures à vocation alimentaire soulève des questions évidentes vis à vis de l’innocuité des variétés produites. Avec des transgènes originaires d’espèces n’ayant probablement jamais fait partie d’un régime alimentaire humain, je pense qu’il est prudent de considérer, selon une hypothèse coévolutive entre l’homme et les espèces cultivées, l’existence de risques quant à l’utilisation desdits transgènes. En cela, le processus d’évaluation des risques mis en place par l’Europe, sur la base du principe de précaution, me semble tout à fait justifié.

La technique à la rescousse

Ces questions se posent alors que nous n’en sommes qu’aux premiers balbutiements des PGM commerciales, caractérisées par une maitrise toute relative, à la fois en nombre et positionnement, de l’insertion des transgènes, incidemment de leur régulation. Avec l’avènement de nouveaux outils moléculaires comme les TALENs, les PGM des générations futures gagneront en technicité, avec des transgènes ou cisgènes insérés en nombre plus faible et de manière plus précise. Bien que les questionnements relatifs à la dissémination du matériel génétique introduit s’en verront réduits, les questions de santé humaine restent cependant dépendantes des transgènes utilisés.

Prospective : NGS et phénomique – vers un breeding moléculaire par cisgénèse ?

Avec l’avancée à pas de géants des techniques de génotypage, en particulier du génotypage par séquençage faisant suite au foisonnement de l’industrie du séquençage de nouvelle génération, et en relation à des travaux de phénotypage dont le débit va crescendo (plateformes de phénomique, utilisation de drones…), nous nous trouvons dans une phase d’explosion de la quantité de données génétiques pour les espèces d’intérêt agricole. Nous sommes à l’aube d’une sélection variétale sur idéotypes d’une grande précision, et il y a fort à parier que d’ici quelques années, les données acquises sur des généalogies connues, traitées au travers d’outils de génétique et d’épigénétique quantitatives et statistiques, et avec l’aide de nouvelles connaissances en épigénétique, nous permettront de comprendre à l’échelle moléculaire l’origine de phénomènes d’intérêt tel quel l’hétérosis si chère à la production d’hybrides. A partir de là, quelle pourrait être la place de PGM cisgéniques ? Pratiquerons-nous une sélection non plus basée sur une approche conventionnelle guidée par des marqueurs moléculaires, mais à la création de toutes pièces de véritables chimères cisgéniques, qui auraient très bien pu être obtenues en dix fois plus de temps à l’aide de séries de croisements conventionnels? Arriverons-nous par ce biais à percer le fonctionnement de chacun des éléments de régulation génétique au point de réussir à obtenir des variétés, voire des populations optimales pour chaque milieu ?

Et a ce point là, où en sera de nouveau l’opinion publique sur les PGM ?

Pour finir, une vidéo de Greenpeace Suisse, juste parce qu’elle est issue d’une page qui traite « des OGM » (argh). Ha et aussi, j’aime pas la conclusion très antiprogressiste.

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