Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le point V!

Au détour d’un clic, je tombe sur une page internet vantant les mérites de certains légumes à se régénérer après avoir été presque entièrement mangés: céleri, poireau, persil, laitue romaine, etc… Serions-nous en présence de légumes magiques? La réponse à cette énigme se trouve dans une zone méconnue et invisible à l’oeil nu: le point végétatif, ou point V pour les intimes! Le point végétatif est aussi connu sous le nom de méristème (gros mot adoré des scientifiques). Il représente un des principes élémentaires du fonctionnement des plantes. 
Pour expliquer cela, prenons comme exemple les arbres:
 
Un arbre est de façon générale constitué de branches et de feuilles pour sa partie aérienne. Concentrons-nous sur les branches et observons attentivement leurs extrémités. Là, se trouvent des feuilles plus petites que les autres, empaquetées de façon très organisée. Et bien c’est au milieu de ces feuilles, caché en leur centre, que se trouve le point végétatif. C’est une sorte de petite usine très active où la plante est fabriquée, c’est là où la tige grandit et où les nouvelles feuilles se forment.
Ingéniosité végétale, la plupart des plantes n’ont pas un seul mais des dizaines, voire des centaines de points végétatifs… On en trouve un à la base de chaque feuille par exemple, capable lui aussi de former une tige et d’autres feuilles. Contrairement aux animaux, les plantes jouissent ainsi de la capacité à grandir indéfiniment grâce à leurs points végétatifs… à condition qu’ils soient en activité!
Revenons-en à nos salades et autres légumes… Alors, la laitue, une plante magique? En fait, sa capacité à repousser après avoir été mangée tient au fait que son unique point V (certains sont moins chanceux que d’autres…) est situé tout à sa base, à la pointe d’une tige très compacte, dans le fameux « coeur » de laitue.
Si celui-ci est gardé intact pendant la phase critique d’épluchage, la salade restera en vie et, à condition de l’arroser délicatement, continuera à produire des feuilles et à nourrir des hommes…
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L’histoire d’une plante qui se prenait pour un caméléon…

Commençons cette deuxième note par une petite expérience… Prenez un caméléon, posez le sur une branche d’arbre et attendez quelques instants. Celui-ci va à coup sûr rapidement changer de couleur et prendre celle de son support. Si les feuilles sont vertes, il prendra une couleur verte. Si les feuilles sont marron, il optera pour une couleur marron. Si les feuilles sont bleues… il risque de s’énerver car, il faut le savoir, le caméléon déteste être pris pour un Schtroumpf!

Cette capacité à se confondre avec son environnement est appelée mimétisme et sert le plus souvent à éviter les prédateurs, et donc de se faire manger. On en connaît de nombreux cas chez les animaux, et notamment chez les insectes avec comme fabuleux exemples les phasmes ou les mantes…
Deuxième expérience… Prenez une graine de la liane Boquila trifoliolata originaire d’Amérique du Sud, faites la germer à proximité d’une autre plante et attendez… Comme toutes les lianes, Boquila va se développer sur une plante voisine qui lui servira de support et l’aidera ainsi à pousser vers la lumière. Contrairement aux autres lianes, la particularité de Boquilaest sa tendance à se prendre pour un caméléon… Boquila peut modifier la forme de ses feuilles en fonction de la plante sur laquelle elle pousse! Si son support a des petites feuilles rondes, elle aura alors des petites feuilles rondes. Si son support a des feuilles allongées, elle aura aussi des feuilles allongées. Bref, vous avez saisi!
C’est un exemple quasi unique chez les végétaux et très étonnant car cela demande à Boquila de « voir », ou pour le moins percevoir, les feuilles de la plante support. A quoi ça sert? Il semblerait que les Boquila qui utilisent le mimétisme soient moins attaquées par les mangeurs de feuilles (insectes, etc…) que celles qui gardent leur forme originale et poussent sur le sol. Comment ça fonctionne? Pour le moment on ne sait pas vraiment mais des composés volatils, c’est à dire transmis dans l’air, pourraient servir de messager entre Boquila et la plante mimée. En effet, on a observé qu’un contact direct n’était pas nécessaire pour que la transformation se fasse…

Le cas de Boquila est totalement fascinant et révèle une des nombreuses ressources cachées pour communiquer de ces êtres sans parole, les plantes. Source: Gianoli et al. (Current Biology, vol. 24, 2014)
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Des étamines à soufflet… ou comment se faire repoudrer le bec par une plante!

Cette première note nous emmène en Amérique du Sud à la rencontre d’une plante à fleurs nommée Axinaea de son doux nom latin (bien prononcé, ça ressemble à un gros éternuement). Comme vous l’avez probablement constaté la plupart des plantes qui nous entourent fleurissent à un certain moment de l’année. Les fleurs, surtout celles qui sont colorées, produisent du nectar: un liquide sucré servant à attirer les animaux, le plus souvent des insectes. En venant dans la fleur se gaver de nectar, l’insecte va se frotter contre les étamines et ramasser du pollen… mais n’y voyez là aucun comportement douteux car il ne s’en rend même pas compte. Toujours plus affamé, l’insecte va poursuivre son voyage et se balader de fleur en fleur, transportant ainsi le pollen au bénéfice de la plante. C’est par ce stratagème appelé « pollinisation » et qui a fait ses preuves depuis plus de 150 millions d’années que la plupart des plantes utilisent les insectes pour assurer leur reproduction.

Il arrive parfois que les fleurs ne soient pas pollinisées par des insectes mais par d’autres animaux comme des oiseaux… Et c’est le cas d’Axinaea! (A vos souhaits!) Jusque là rien d’exceptionnel me direz-vous, sauf que pour l’occasion cette plante a développé un système de pollinisation extrêmement astucieux et jamais décrit avant.



Habituellement, le nectar est produit dans des petits sacs spécialisés, localisés au coeur de la fleur mais, chez Axinaea, l’étamine remplace le nectar et c’est elle-même qui attire l’oiseau. Elle possède un gros sac, gorgé de sucre, que l’oiseau va venir picorer comme un fruit. Mais ce n’est pas tout! Ce sac est rempli d’air et est connecté à un tube qui contient le pollen, l’ensemble formant une sorte de soufflet (comme pour attiser le feu des cheminées). En venant pincer l’étamine avec son bec, l’oiseau va compresser le sac et expulser le pollen… sur sa propre tête! Se faisant ainsi repoudrer le bec à chaque étamine qu’il mange… et ici encore assurant la perpétuation de l’espèce végétale à son insu.




Source: Dellinger et al. (Current Biology, vol. 24, 2014)
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