Sérénades et roucoulades chez les Théropodes

C’est pas pour dire, mais cette semaine Spéciale Sexe et Dinosaure manque cruellement de romantisme… On a parlé de parties génitales (de squamates, de crocodiles et d’oiseaux), de combats entre mâles Sauropodes et Tricératops, de performances sexuelles… Et l’amour dans tout ça? La séduction, la tendresse, c’est pour les cynodontes?
Tachons donc de nous rattraper en abordant le sujet des parades nuptiales. De manière assez ironique, la première image qui vient le plus souvent à l’esprit lorsque l’on évoque le sujet des parades amoureuses, c’est celle-ci:

Paon semi albinos

Paon semi albinos, parce que vous le valez bien!

Ironique car, les derniers dinosaures ayant survécu au cataclysme du Crétacé/Tertiaire, ce sont les oiseaux! Il a fallu un bon nombre de découvertes majeures, tant en paléontologie qu’en embryologie et biologie moléculaire, pour en arriver à cette conclusion: les oiseaux sont bel et bien des dinosaures, appartenant à la famille des Théropodes pour être précis.
Et d’ailleurs, un des tournants dans ce renversement scientifique, a été la découverte de fossiles de dinosaures possédant des proto-plumes. Je vous invite à découvrir l’histoire de cette épopée savante dans trois articles parus sur SSAFT (Les dinosaures à plumes, le modèle, ce qu’en disent les molécules et les fossiles ) En voici un extrait:

La communauté scientifique penche donc très largement pour une origine théropodienne des oiseaux. L’unanimité parmi les scientifiques n’a jamais garanti la véracité d’une hypothèse, mais pour l’instant, tous ses détracteurs n’ont apporté que de très vagues arguments contradictoires et surtout aucune hypothèse alternative. Alors voilà, maintenant quand vous verrez un oiseau, vous pourrez dire sans crainte qu’il s’agit d’un spécimen des derniers dinosaures.

Bon et les plumes dans tout ça? Il faut tout d’abord que je rappelle le modèle évolutif qu’a proposé Richard Prum pour expliquer l’émergence de structures épidermiques si complexes:

Rappel du modèle évolutif Modèle de l'histoire évolutive des plumes

Selon ce modèle, les plumes adaptées au vol que portent actuellement les oiseaux proviendraient d’une série d’étapes évolutives initiée par l’émergence de structures creuses folliculaires appelées protoplumes, puis des structures duveteuses, ensuite l’émergence d’une plume à rachis et barbes parallèles formant une surface plane et enfin, l’émergence de barbules aurait préfiguré les plumes pennes asymétriques adaptées au vol.

Ce modèle provenait de l’étude attentive des différentes étapes développementales nécessaires à la formation des plumes, étapes reflétées par l’utilisation séquentielle d’un même module génétique: la cohérence du modèle a été vérifiée par les données moléculaires.

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Si le modèle était correct, on devrait retrouver des fossiles de dinosaures possédant ces différents stades de plumes: et bien il semble que c’est le cas! On a par exemple trouvé des spécimens de dinosaures portant des structures filamenteuses: les fameuses protoplumes qu’on a par exemple découvertes chez Sinosauropteryx prima. La question de l’utilité de ces plumes, totalement inadaptées au vol, s’est donc rapidement imposée aux paléontologues. Certains ont avancé qu’elles pouvaient servir à séduire les femelles, un peu comme le plumage chatoyant de certaines espèces d’oiseaux… Mais bon, essayer de répondre à cette question nécessiterait de pouvoir déterminer la couleur de ces protoplumes, et ça doit être impossible sur des fossiles, non?
Ah ha! Les scientifiques ont plus d’un tour dans leur sac pour faire parler les fossiles. J’en parlais d’ailleurs dans un article sur SSAFT dont voici un extrait:

D’habitude, les artistes qui tentent de représenter des espèces de dinosaures fossiles doivent être extrêmement précis et fidèles lorsqu’ils retracent la morphologie générale de l’animal (musculature, posture, etc…) mais ont champ libre quant à leur pigmentation. En effet, il est difficile de dire de quelle couleur était Sinosauropteryx quant tout ce qu’on a sous la main ressemble à ça:

Alors autant s’éclater et les représenter en rose fuchsia, ou bien soyons fidèles à ce qu’on a sous les yeux et représentons les systématiquement en variation de gris… Et bien un groupe de scientifique s’est insurgé contre ces pratiques visant à ridiculiser ces sauriens terribles qui souffrent déjà beaucoup (notamment à cause des dessins de Boulet) de se voir recouvert de microplumes, et ce sont donnés comme objectif de découvrir la véritable couleur de leur plumage. Le succès a été au rendez-vous, et voici donc la véritable coloration de Sinosauropteryx:

 

Comment ce groupe de scientifiques sino-britannique est arrivé à retrouver la pigmentation de ces specimens fossilisés il y a plus de 100 millions d’années? Il a fallu placer des échantillons de ces fameuses protoplumes sous des microscopes électroniques ultra-puissants, à la recherche de structures appelées mélanosomes et qui donnent leurs couleurs aux plumes d’oiseaux actuels. Bingo! Sur deux spécimens de dinosaures à protoplumes provenant du même gisement, ils ont non seulement trouvé des traces de mélanosomes fossilisés, mais ont également pu différencier deux types de mélanosomes: les phaemélanosomes (plutôt sphériques et produisant de la phaemélanine, un pigment rouge-brun) et les eumélanosomes (en forme de bâtonnets et produisant un pigment gris-sombre).

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Mais dans le rayon fossiles, on en a d’autres portant des plumes bien plus impressionnantes, comme par exemple Epidexipteryx dont voici une reconstitution par Alain Bénéteau:

Epidexipteryx

Epidexipteryx, par Alain Bénéteau

Encore une fois, je m’étais attaché à décrire l’analyse de ce fossile sur SSAFT:
Rappelons-le, les plumes adaptées au vol doivent être fermées (dans le sens ou les barbules, en se liant entre elles, forment une surface cohérente sur laquelle l’air peut glisser) et asymétriques. Donc des plumes pennes ouvertes, qu’on peut trouver sur des oiseaux actuels, joueront des rôles divers et variés mais ne pourront permettre d’effectuer un vol plané. A quoi pouvaient servir ces appendices? Difficile d’y répondre pour la plupart des spécimens, mais avec Epidexipteryx, leurs fonctions semblent évidente:

Il a l’air féroce hein? Bon, faut pas trop se leurrer non plus:

Echelle entre un humain et EpidexipteryxSi l’on juge qu’il est beaucoup plus facile de deviner à quoi pouvait servir les quatre longues plumes qui décorent le popotin d’Epidexipteryx, c’est parce qu’elles présentent de frappantes similitudes avec les plumes portées par certains oiseaux mâles qui s’en servent pour attirer leurs femelles (comme Euplectes jacksoni):

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Il est donc probable que les parades de certains dinosaures non-aviaires devaient ressembler à ça:

Je paierai cher pour assister à un tel spectacle… En attendant, on peut se rabattre sur des reconstitutions imaginées par des artistes, comme celle-ci, dessinée par Vran:

Parade Nuptiale

Parade Nuptiale, par Vran

A demain pour l’épilogue de cette folle semaine Spéciale Sexe et Dinosaure!

3 réflexions au sujet de « Sérénades et roucoulades chez les Théropodes »

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